Lutte de classe

 

Réponse à un courriel reçu à propos

des forces productives

 

J'ai reçu un courriel d'un camarade en réponse à la dernière initiative que j'avais lancée en direction des militants.

 

Ce camarade m'a fait remarquer que ma façon de poser la question de l'accroissement de la production et des forces productives depuis que le Programme de transition avait été rédigé par Trotsky en 1934, n'était pas correcte, qu'elle n'était pas « marxiste ».

 

Ce camarade a parfaitement raison. C'est d'ailleurs pour ainsi dire parce la façon d'aborder cette question  sous cet angle n'était pas marxiste que je l'ai posée ainsi !

 

Je l'ai posée de cette façon là, comme dirait Marx, en privilégiant la forme sur la valeur (Le Capital, t.1, p. 50, note n°17, E. S. 1977) , pour que les militants m'expliquent pourquoi il y en a qui prétendent qu'il y a eu accroissement, alors que d'autres prétendent le contraire. Bien entendu ce camarade ne m'a fourni aucune explication qui nous permettrait d'avancer sur ce sujet. Il s’est borné à écrire que l'accroissement de la production n'avait aucun rapport avec l'accroissement des forces productives, ce qui est insuffisant et faux dans l'absolu évidemment.

 

Quand on se penche uniquement sur la forme, on privilégie les apparences, ce qui est directement palpable et on en tire une conclusion, mais dès que l’on aborde la valeur on s’aperçoit qu’on aboutit à une conclusion inverse, reste à savoir si ce mouvement est constant, invariable et irréversible.

 

J’avoue que je ne m’étais jamais donné la peine de réfléchir sérieusement à cette question. C’est en apprenant par hasard par un militant, qu’un désaccord sur cette question entre lui et Gluckstein avait entraîné son exclusion du PT que j’ai commencé à m’y intéresser, il y a un an environ. En réalité, il n’y a que quelques jours que j’y consacre pratiquement tout mon temps.

 

Pour qu'il y ait augmentation de la production dans des proportions gigantesques, il faut obligatoirement en passer par un accroissement des forces productives. Mais qui dit accroissement de la production et des forces productives ne dit pas forcément augmentation de la  richesse produite ni qu'elle aurait pu avoir lieu dans les mêmes proportions. De la même manière, on peut dire que la somme des marchandises produites est sans commune mesure avec ce qu'elle était il y a 70 ans, mais si la valeur globale de la production a augmenté, ramenée à la mesure d'une simple marchandise ou peut-être à la moyenne de la valeur de l'ensemble des marchandises produites, on s'aperçoit qu'elle a tendance à décroître ou n'a pas cessé de décroître, cela reste à vérifier. Je ne sais pas s'il faut généraliser cette tendance à la diminution de la valeur des marchandises produites. La part du capital variable (salaires) diminue au profit du capital constant au cours du procès de production, mais est-ce exact si l'on prend en compte la totalité de la production mondiale ?

 

On ne peut pas se contenter d'expliquer le déclenchement des deux guerres mondiales par des impératifs politiques, nous savons qu'elles étaient déterminées par des impératifs économiques.

 

De la même manière, on peut expliquer que le capitalisme après 1945 n'a pas sombré grâce au stalinisme, mais cela ne nous explique pas comment le capitalisme agonisant a pu éviter de recourir à une nouvelle guerre mondiale depuis plus de 60 ans, alors qu'il n'a pas pu l'éviter à deux reprises, ni par quels moyens ou mécanismes économiques il a réussi à se maintenir jusqu'à nos jours en dehors de ce que nous savons tous. Comment faut-il interpréter le développement du capitalisme en Chine et en Inde, par exemple, et l'expliquer le plus simplement possible ? Car finalement, c'est cela qui m'intéresse et rien d'autre.

 

Comment en finir avec cette supercherie ou cette fiction qui tend à présenter le capitalisme comme garant du progrès infini de tous les peuples ? Faire référence à la barbarie impérialiste en Afrique ou au Moyen et Proche-Orient, à la destruction de l'environnement sur tous les continents, à la surexploitation en Asie, etc., ne suffit pas à détruire le mythe du capitalisme tout puissant et éternel que les médias ressassent à longueur de temps.

 

Suffit-il de dire : le capitalisme agonise, l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme, les forces productives ont cessé de croître, pour convaincre un travailleur qu’il a tort de penser que le capitalisme fait des merveilles, qu’il se développe en Chine, en Inde, etc., ?

 

Les apparences sont parfois trompeuses et ce n'est rien de le dire.

 

Que les forces productives aient cessé de croître ou non, à la limite peu importe, elles n'avaient pas cessé de croître lorsque Marx mettait la révolution prolétarienne à l'ordre du jour, non ? Ou lorsque la Commune de Paris eu lieu, non ?

 

On peut très bien combattre sincèrement pour la révolution prolétarienne et penser que les forces productives n'ont pas cessé de croître, que ce soit une erreur ou non de le penser.  Donc, ceux qui en font une question centrale, comme ce fut le cas au PT, il y a quelques années, pour exclure des militants, je ne sais pas si les dirigeants du PT sont marxistes, car il ne suffit pas de le dire pour l'être, tout ce qu'on peut dire c'est qu'ils sont franchement dogmatiques, et que le dogmatisme comme le sectarisme est vraiment une plaie dans les rangs de ceux qui se réclament du Programme de transition.

 

L'adhésion à un parti ne peut être remise en question par un différent portant sur une question économique aussi ardue à aborder. Question : combien de militants seraient capables aujourd'hui d'expliquer ce qu'on entend précisément par forces productives ? Vous connaissez tous la réponse : une poignée, et encore, je suis sûr que parmi ceux-là, une partie se leurrent eux-mêmes sur ce qu’ils pensent avoir compris. Je pourrais aller plus loin : combien de militants se sont déjà posés cette question ? Combien de militants se sont donnés la peine d’y apporter une réponse par eux-mêmes sans rabâcher ce qu’ils ont lu ou entendu ici ou là ? Est-ce une question qu’on nous pose régulièrement ? Indirectement cela ne fait aucun doute, mais cela ne signifie pas qu’on y réponde dans des termes saisissables par notre interlocuteur.

 

Gluckstein avait expliqué que les militants qui n’étaient pas d’accord avec ce postulat les forces productives ont cessé de croître, n'avaient pas leur place au PT et dans la IVe Internationale. Je pense que Marx, Engels, Lénine ou Trotsky vivants,  Gluckstein n'aurait eu de place dans aucune Internationale ! Dehors les sectaires et les autocrates à la Staline ! Place à la discussion et à la démocratie dans nos rangs, le centralisme viendra au moment venu, chaque chose en son temps. Vous comprenez sans doute maintenant pourquoi nous n’avons jamais pu construire un parti révolutionnaire.

 

Comme tous les camarades, je porte une grande attention aux œuvres des marxistes et j’y suis particulièrement attaché, mais je n’en fait pas des fétiches. Il faut reconnaître leurs limites ou parfois leurs insuffisances, dues essentiellement à l’angle sous lequel on voit les choses, plutôt qu’aux carences des œuvres elles-mêmes. Maintenant, il faut aussi reconnaître qu’elles ne pouvaient pas répondre à des questions qui ne pouvaient pas être posées à l’époque où elles ont été écrites et que par conséquence personne n’a pu se poser.  Ce sont ces questions là qui nous intéressent. Pour le reste les camarades n’ont qu’à lire Marx, Engels, Lénine et Trotsky et ils auront facilement la réponse à toutes leurs questions. Il ne s’agit pas de plagier un de ces auteurs, ce serait vraiment une perte de temps.

 

Je pense que seule une réflexion collective nous permettra de répondre à cette question des forces productives de façon satisfaisante et saisissable par le plus grand nombre. Seul et isolé, je crains de ne pas pouvoir la mener à son terme, je manque cruellement de documentations.

 

Voilà les questions que je me pose actuellement. J'ai commencé à rédiger un document (10 pages environ), mais à chaque fois que j'avance, une nouvelle question surgit. J'y ai déjà passé des dizaines d'heures sans être satisfait de mon travail, sans en voir le bout. Je le publierai dans quelques semaines s'il me convient. Les camarades peuvent m’envoyer leur contribution ou simplement leurs réflexions sur ce sujet cela nous fera gagner du temps.