Lutte de classe

 

Le stalinisme est étranger au communisme

 

 

C'est un amalgame savamment entretenu depuis plus de 70 ans que de présenter le stalinisme comme étant le produit ou le frère jumeau du communisme. C’est cet amalgame, non formulé, mais que l’on peut très facilement identifier, qui permet à l'Union européenne de mener une offensive politique contre les partis, organisations, groupes et militants se réclamant du communisme en tentant de les criminaliser, avec la complicité active des partis institutionnels se réclamant du mouvement ouvrier.

 

Que toutes les initiatives qui ont été prises pour condamner  la résolution 1481 de l'Union européenne (UE) s'abstiennent de mentionner cet amalgame ne peut que contribuer à entretenir la confusion entre communisme et stalinisme. Dés lors leur portée ne peut-être que limitée. On pourrait évidemment s'interroger sur les réelles motivations de leurs auteurs, que ce soit le PCF, le plus mal placé d’entre tous, ou le CERMTRI dont tout le monde sait qu'il est contrôlé par l’appareil du PT.

 

Tout au plus, Jean-Jacques Marie évoque les "falsifications" sur lesquelles repose cette résolution de l'UE, sans utiliser une seule fois le mot "stalinisme" comme si le seul fait d'y faire référence pouvait constituer une preuve à charge contre son auteur, alors que l'amalgame entre le communisme et le stalinisme constitue la toile de fond de cette résolution infâme. Il se contente d’expliquer que l’UE voudrait à travers cette offensive, nier ou interdire la lutte des classes. Or, il dit lui-même que la lutte des classes a été reconnue par des économistes bourgeois bien avant que Marx  ne constate le rôle essentiel qu’elle joue dans le développement des forces productives. (Lire l’extrait de L’État et la révolution de Lénine consacré à ce sujet dans la page d’accueil du site).

 

L'Union européenne entend condamner non seulement les actions  qui sont le produit de la lutte des classes, elle va jusqu'à imputer au communisme tous les crimes qui ont été commis par le stalinisme, d'où d'après nous, la nécessité de dénoncer particulièrement cet amalgame.

 

On ne peut que s'étonner qu'un historien, dirigeant du PT, et se définissant comme trotskyste, n'y ait pas pensé. Ce constat vaut pour l'ensemble des dirigeants du PT qui se présentent comme des défenseurs du marxisme, sauf quand l’occasion le nécessite, comme c’était le cas ici.

 

Le stalinisme n'est pas un produit du communisme ou du bolchevisme, contrairement à ce que certains militants vont jusqu’à penser.

 

L'affirmer, c'est bien, essayer de le démontrer c'est mieux.

 

Le stalinisme n'a attendu ni la mort de Lénine ni l'avènement de Staline pour se manifester en URSS. Comme on a pu le constater plus tard, il n'a pas germé exclusivement en URSS, mais en Chine (maoïsme), à Cuba (castrisme), en Asie du Sud-Est, en Europe centrale...

 

Le stalinisme est étranger au mouvement ouvrier. Il en est même le pire ennemi puisqu'il prétend parler en son nom, tout en trahissant ses intérêts à chaque instant. Il en est le pire ennemi aussi parce qu'il prétend agir au nom du marxisme, qu'il traîne dans la boue et falsifie en permanence.

 

On a défini le stalinisme comme la confiscation  du pouvoir ouvrier au profit exclusif d'une clique de bureaucrates d'un parti, au détriment de celui du prolétariat, donc en opposition totale avec la définition et les objectifs du communisme.

 

C'est Staline qui a tenté de la justifier et de lui donner une base théorique à travers la théorie du socialisme dans un seul pays, en totale opposition avec le communisme qui affirme que la révolution est nationale dans sa forme et internationale dans son contenu, et de la théorie de la révolution permanente  de Lénine et Trotsky, pour lesquels la révolution ne peut être définitivement  victorieuse qu’à partir du moment où elle s’étend au reste du monde.

 

Le stalinisme, c'est la négation du communisme, et c'est en tant que telle qu'il faut le dénoncer.

 

Le stalinisme est un mode de penser bourgeois.

 

En URSS, après la chute du tsar et la disparition de Lénine, le stalinisme n'a pas créé une nouvelle classe d'exploiteurs, il s'est fondu dans les rouages du nouvel État soviétique en construction et sur les décombres de l'État bourgeois.

 

Les staliniens ont commencé par gangrené l'ensemble des institutions soviétiques encore fragiles, avant d'en prendre définitivement le contrôle et de les faire fonctionner pour leurs propres intérêts de castes parasitaires, leur pouvoir constituait une usurpation du pouvoir.

 

Il y a là encore opposition entre stalinisme et communisme, dans la mesure où pour le communisme, c'est la classe ouvrière, les travailleurs, qui doivent exercer le pouvoir et non un parti.

 

Pour parvenir à leurs fins, les staliniens ont détruit le parti bolchevik de l'intérieur en engageant des campagnes de recrutement massif ouvert à tous les réactionnaires, bourgeois et petit-bourgeois inclus. Plusieurs millions de travailleurs ont été appelés à rejoindre le parti bolchevik pour y faire carrière, sans que ce recrutement réponde aux critères formulés par Lénine.  Il ne suffisait plus alors à Staline qu'à diriger à sa guise cette masse hétérogène et sans principe pour lui permettre de réaliser son dessein, c'est-à-dire, liquider les véritables communistes, les compagnons de combat de Lénine et Trotsky, la vieille garde bolchevik allait être totalement décimée en quelques années.

 

Le stalinisme est donc synonyme de liquidation physique et consciente du communisme. Tout le monde a encore en mémoire les procès de Moscou, les camps de rééducation, les hôpitaux psychiatriques...

 

Les procès de Moscou furent en quelque sorte, le procès du communisme pour le compte de Staline et sa clique, mais aussi pour le compte du capitalisme mondial avec lequel le stalinisme n'a jamais rompu les liens.

 

Au sein de la IIIe Internationale, le stalinisme joua un rôle crucial et cynique qui devait aboutir à des défaites tout aussi capitales pour le développement de la révolution en Russie, en Allemagne, en Chine, en France, en Espagne, en Italie, notamment.

 

En empêchant par tous les moyens que le prolétariat prennent le pouvoir dans un autre pays que l’URSS, le stalinisme a montré son vrai visage au monde entier. En soutenant les régimes capitalistes en place, le stalinisme  a indiqué clairement et sans contestation possible, dans quel camp il se situait et quels étaient ses alliés. Ainsi, au grand jour, le stalinisme  se montrait comme une force organisée anticommunisme, antiouvrière, à l'échelle mondiale.

 

La restauration du capitalisme en Russie et dans les pays de l'Europe de l'Est, puis maintenant en Chine et dans plusieurs pays de l'Asie du Sud-Est, en attendant le tour de Cuba, n'est que le prolongement logique de la soumission totale du stalinisme au capitalisme, de son lien congénital avec le capitalisme contre le communisme.

 

Le stalinisme, c'est le vers dans le fruit, c'est un corps étranger au communisme, tout comme la pomme n'a absolument rien à voir avec le vers qui la gangrène et la pourrit.

 

Le stalinisme tire ses principes fondamentaux du capitalisme pour lequel les intérêts ou le profit de la minorité doivent s'imposer à la majorité, il est antidémocratique, il est l'opposé exact du communisme pour lequel les intérêts de la majorité doivent l'emporter sur ceux de la minorité, pour être bref.

 

Le stalinisme est évidemment coupable d'avoir livré des millions de travailleurs à leurs bourreaux, à la boucherie impérialiste, d'avoir liquidé plusieurs générations de militants communistes à travers le monde, de les avoir livrés aux nazis... Le pacte germano-soviétique signé au mois d’août par Ribbentrop Molotov en fut une dramatique illustration, que personne n’a le droit d’oublier.

 

Quant aux communistes, pendant la courte période où ils furent au pouvoir en URSS de 1917 à 1924, ils n'ont fait que défendre comme ils le pouvaient les acquis de la révolution d'octobre dans la perspective de la révolution mondiale, et non dans celle de s'octroyer un pouvoir ou des intérêts particuliers pour eux-mêmes.

 

Les communistes se sont sacrifiés dans leur guerre sans merci contre le capitalisme et le stalinisme et c'est eux que le capital voudrait juger aujourd'hui pour maintenir sa domination sur le monde.

 

Si le capitalisme et le stalinisme sont synonymes de souffrances sans nombre et de barbarie, à l’opposé, le communisme est synonyme d’humanisme et de liberté.

 

Il est toujours indispensable de recadrer les faits dans leur contexte pour les comprendre à leur juste valeur.

 

Que les circonstances de la guerre impérialiste, de la guerre civile, de la faim et de la misère généralisée en Russie, etc., aient donné lieu à des exécutions sommaires ou des vengeances personnelles, personne ne pense à le nier, je ne les condamne pas non plus, la haine du patron ou du propriétaire foncier arrogant qui résiste encore, à de quoi exacerber  le comportement de bien des combattants  tenus en laisse, humiliés et supportant les pires souffrances depuis beaucoup trop longtemps.

 

Mais comparé aux centaines de millions de morts des deux guerres mondiales, de toutes les guerres qui ont eu lieu au cours du XXe siècle, de la colonisation à partir du XVIe siècle, au nom du progrès, de la civilisation et de la démocratie, il faut le rappeler, des dizaines de millions sont morts dans des conditions atroces, de faims, de soifs, de froids, de maladies qu'on aurait très bien pu soigner, et ce n'est pas fini malheureusement, sans compter la vie infernale que nous sommes plusieurs milliards à vivre quotidiennement du fait de la survie de la propriété privée des moyens de production, à côté de ces centaines de millions de morts, de ces milliards de victimes innocentes du capitalisme et du stalinisme, les crimes qui ont pu être commis par des communistes sont comme une goutte d'eau dans la mer.

 

C'est pour tenter de camoufler la responsabilité de tous ces crimes commis au nom des intérêts supérieurs du capitalisme (et du stalinisme) que l'Union européenne et plus largement le capitalisme mondial tente d'en faire porter la responsabilité sur la classe ouvrière, les travailleurs, les communistes, pour les désarmer et leur interdire toute issue politique.

 

Impuissant face à la résistance croissante des travailleurs de tous les pays à revendiquer une existence meilleure, les capitalistes croient que c'est en diabolisant le communisme qu'ils réussiront à en détourner les masses, ils se trompent lourdement.

 

Et si le communisme a été sali et dévoyé par des renégats, des usurpateurs ou des falsificateurs, nous sommes certains qu'au cours des mouvements révolutionnaires à venir, le mouvement ouvrier international se réappropriera les enseignements du communisme, du marxisme, parce qu'il n'existe aucune autre alternative pour vaincre la barbarie capitaliste et stalinienne. Nous sommes confiants dans la capacité des travailleurs et des militants à vaincre tous les obstacles qui sont dressés sur la voie qui mène à la prise du pouvoir, au socialisme.

 

Nous sommes fiers d'être communismes, c'est d'ailleurs la seule chose dont nous soyons encore fier aujourd'hui, quand on voit à quel point il est difficile de l'être et de le rester contre vent et marée.

 

Le communisme n'est pas une conception idyllique de l'existence, c'est avant tout un combat politique contre un ennemi de classe, contre le capitalisme et toutes les formes idéologiques derrière lesquelles ils se camouflent, le stalinisme en est une, l'altermondialisme en est une autre, c'est la raison pour laquelle elles font si bon ménage.

 

Le communisme est la forme d'humanisme la plus élevée qui puisse exister, dans la mesure où le communisme a pour objectif la disparition de la société divisée en classes sociales, de l'État, le bien-être de l'humanité tout entière débarrassée de l'exploitation de l'homme par l'homme, le règne de la nécessité cédant enfin la place à celui de la liberté.

 

On a dit du communisme qu’il était une idéologie, une doctrine ou une théorie, mais c'est avant tout une science sociale, pour rester fidèle à Marx et Engels. Comme toute science, elle doit être étudiée et mise en pratique pour en mesurer la validité et la portée. C'est ce dont nous engageons à faire chaque lecteur ou militant.

Ceux qui auront réellement compris ce qu'est le communisme ou le marxisme, n'auront plus peur des controverses, des discussions, des polémiques, ils auront acquis une méthode sur laquelle ils pourront s'appuyer en toute circonstance, le matérialisme dialectique et historique, qui leur permettra de mettre en échec ou de débusquer les faussaires, les charlatans, les renégats, etc. qui prétendent parler au nom du marxisme.

Il est de bon ton de se prétendre communiste tout en revendiquant les crimes du stalinisme ou en se réclamant de l’héritage d’un parti qui a répandu et couvert le stalinisme pendant des décennies (invasion de la Hongrie en 56, de la Tchécoslovaquie en 68, etc), je veux évidemment parler du parti communiste français, toutes tendances confondues. Même sous la torture, nous ne pourrions pas adhérer aujourd’hui à ce parti pourri, sauf peut-être à y faire de l’entrisme, mais ce serait à contre-cœur et forcé.

A 12 mois des élections présidentielles en France, il y en a encore pour prétendre que ce parti stalinien pourrait être redressé de l’intérieur ou de l’extérieur, après avoir dit exactement le contraire 25 ans plus tôt.

 

De l’intérieur, je pense aux différentes tendances qui ont toutes obtenu l’aval de la direction stalinienne du PCF avant de pouvoir seulement exister, et qui osent se présenter comme de véritables défenseurs du communisme. La mystification est tellement au point qu’on pourrait s’y laisser prendre, c’est d’ailleurs le seul but de la manœuvre : à partir d’un langage ou d’une terminologie en apparence marxisante, il s’agit d’attirer des travailleurs au PCF pour les détourner et les dégoûter du communisme en les jetant dans les bras du stalinisme. Cette mystification n’aurait pas pu voir le jour, sans une aide précieuse venue de l’extérieur.

 

De l’extérieur, que ce soit la LCR ou le PT, les uns et les autres s’accordent toujours à penser que le PCF pourrait redevenir un parti communiste, ce qu’il n’est plus depuis le milieu des années 20. Dans Informations ouvrières, on peut lire régulièrement des articles signés Jean-Charles Marquiset – au nom de la soi-disant tendance communiste du PT, rappelant « le passé glorieux » du PCF, bien après les années 20 et l’assassinat de Trotsky fomenté par Staline, autant dire un nostalgique de la période ou le stalinisme régnait en maître sur le mouvement ouvrier. A ce stade, on pourrait même se demander si l’opportunisme du PT ne le porte pas à devenir un parti néo-stalinien.

 

La lutte contre le stalinisme n’a pas cessé en 1991, tout simplement, parce que le stalinisme n’a pas disparu d’un coup de baguette magique le jour où l’URSS a implosé, où le PCUS a cessé de détenir le pouvoir en Russie. Que le PCF se revendique aujourd’hui du communisme en est une preuve ; cela prouve qu’il est bien encore un parti stalinien.

 

En dénonçant le communisme comme étant une idéologie criminelle, l’UE s’attaque directement au marxisme, ce que ne dit pas non plus Jean-Jacques Marie. Marx a mis en lumière que la lutte des classes est le principal facteur du développement des forces productives, le véritable moteur de l’histoire et du développement de la civilisation humaine. En tentant de museler, de nier la lutte des classes, l’UE s’attaque aux enseignements fondamentaux du marxisme.

 

Pourquoi ne pas le dire ? Parce qu’on pourrait défendre plus efficacement le marxisme sans le nommer, ou parce que l’on compte sur le soutien de démocrates véreux, de républicains corrompus, de réformistes réactionnaires, d’anti-marxistes primaires comme soutien, sans doute au nom du respect ou de la reconquête de la démocratie… bourgeoise ? N’est-ce pas un mauvais service à rendre au marxisme et au communisme ? On peut se poser légitimement la question.

 

Le communisme, c'est aussi un véritable art de vivre. C'est mieux qu'un ensemble de principes figés qu'on s'impose et qu'on tente d'imposer  ensuite aux autres, ce qui est une preuve d'ignorance, car c'est avant tout un état de conscience, de conscience politique, mais pas seulement.

 

Au plan personnel, quand on a compris de quelle manière se produit l'enchaînement des évènements qu'on appelle l'histoire, la transformation de l'univers, de notre planète, de la nature, de l'homme, etc., on n'a plus besoin d'artifices pour justifier son comportement, son point de vue, ses qualités et ses défauts. On n'a plus besoin de tricher, mentir, camoufler, en tant que militant, mais aussi dans la vie en général, on n'a plus à juger quoi que ce soit ou qui que ce soit, puisqu'on est capable de comprendre de quelle manière les choses et les êtres se font et se défont, se développent, se transforment  et disparaissent finalement…

 

Être communiste, c'est bien plus que vendre un journal sur le marché le dimanche matin ou faire signer une pétition, c'est travailler à s'améliorer sans cesse sur tous les plans. On peut difficilement prétendre être un communiste entre 10 et 12 heures le dimanche matin et être autre chose ou son contraire le reste du temps.

 

La vie est une lutte incessante disait Freud, Marx disait que c'était un combat inlassable.

 

C'est aussi cela le sens du communisme, c'est le rejet de la capitulation, de la défaite, de la déchéance, de l'ignorance que nous passons notre vie à combattre.

 

Le communisme est sans doute le meilleur allié de l’instinct de conservation contre la dégénérescence précoce qui s’exprime à travers un individualisme débridé et suicidaire.

 

Quelle valeur plus élevée pourrait-on donner à notre existence ? Quel autre sens pourrait-on donner à notre vie ?

 

Comme la plupart du temps, je n'ai ouvert aucun livre pour rédiger ce texte, comme je me suis passé de faire un brouillon, j'ai seulement modifié quelques passages au fur et à mesure que je le rédigeais. Je laisse le soin au lecteur de le compléter ou de l'amender à sa guise.

 

C’est vrai qu’il aurait été facile de sortir quelques citations choisies de Marx et Engels pour s’entourer d’une aura de respectabilité, de légitimité, et conférer à ce texte très court la reconnaissance des maîtres du matérialisme dialectique et du communisme de façon à en imposer, mais ce n’est ni ma méthode ni mon objectif. Il y a même un texte de Engels intitulé Les principes du communisme (disponible sur le site Internet des Archives des marxistes), il suffisait de le recopier ou de m’y conformer pour que tous les lecteurs applaudissent en cœur.

 

Je conseille toujours de lire Anti-Dühring de Engels, car c'est le b a-ba du matérialisme dialectique. Il explique très simplement et très clairement sur quels principes reposent la transformation de la matière, et comme nous sommes aussi de la matière, certes, pensante, cela ne peut que nous aider à nous comprendre nous-même et à devenir de bons communistes.

 

Le 28 mai 2006